dimanche 27 septembre 2026

Am Stram Gram Pic et pic et colégram. Bourre et bourre et ratatam. Am stram gram !




L’affaire Thélyson Orélien met en lumière les dysfonctionnements de notre société. Cette affaire secoue le monde littéraire, mais pas que. Son roman « C’était ça ou mourir » vient de remporter le Prix du roman Fnac et figurait dans les sélections du Goncourt,du Renaudot, du Femina ou encore du Médicis. Sur X, il est alors anonymement dénoncé par un compte nommé « Balance ton Claude » qui affirme que ce roman a été quasi intégralement généré par IA. Ce dénonciateur s’appuie sur le logiciel Pangram, censé détecter des contenus IA.
Alors posons nous deux minutes car on note ici déjà plusieurs choses qui m’interrogent avant même de me faire un avis.
Déjà : dans quel monde, laisse t-on à un message anonyme autant de visibilité, sans vérification, sans rappel des règles de respect d’autrui...?
Ah, j’oubliais, dans ce monde-ci. Ce monde dans lequel, alimenter les algorithmes, partager des informations vraies ou fausses, partager son avis érigé comme une vérité, est une façon d’augmenter son réseau, sa visibilité, peu importe si au passage on égratigne l’autre ou la vérité.
La rumeur se répand comme une traînée de poudre. Je n’ai pas la réponse sur cet auteur et ne prétend pas la chercher ou la trouver. S’il s’avère que ce soit vrai alors c’est une escroquerie littéraire énorme. Ce qui ne joue pas en sa faveur, c’est qu’une enquête a déjà mis en évidence que plusieurs de ses anciens textes comportaient des plagiats avérés. Effectivement, prouver le plagiat est facile et plus juste que de passer un texte dans un détecteur non humain. L’auteur ne cite pas, il recopie et s’approprie le texte d’un autre. Et ce phénomène a déjà été relevé chez des auteurs à succès. Cela n’excuse rien.
Être auteur, c’est chercher le mot juste, la bonne tournure, revoir la concordance des temps, créer un monde, aller chercher dans son imaginaire ou dans ses tripes ou sa propre histoire, penser l’intrigue, corriger, se documenter pour alimenter son histoire, se réveiller la nuit avec une idée à noter ou enregistrer et j’en passe. Pour un auteur c’est le processus même qui est jouissif, sans cela, à quoi bon écrire.
Si cela se révèle être faux, cette dénonciation aura tenté de discréditer l’œuvre de cet auteur, son intégrité. Cette odieuse calomnie aura peut-être détruit sa carrière, son honneur d’homme, aura piétiné son histoire.
Mais qu’est ce que cette histoire révèle surtout ?
On demande aujourd’hui aux auteurs de prouver qu’ils écrivent leurs romans. Et le pire c’est que pour cela, on demande à des machines de prouver que nous sommes humains, que nos créations sont bien humaines.
Comme l’a si bien souligné Virginie Despentes, interrogée sur cette affaire :  « aujourd’hui, tous les logiciels, les mises à jour, les outils de recherches ou de traduction utilisent de l’IA. Quelques fois, sans qu’on le sache. »
Je cautionne tout à fait ce propos. Mon ordinateur lance de mises à jours, j’en refuse beaucoup car il finit par m’installer des outils en ligne, des logiciels améliorés justement par lesquels je ne veux pas passer. Mais soyons honnêtes, à un moment on plie car sinon, ça bug, ça rame et il devient impossible simplement d’écrire sur son logiciel de base en traitement de texte.
Le problème c’est qu’un auteur ça cherche, ça s’informe et pour se faire, ça passe par internet et là hop, ce qu’on écrit nourri la machine.
Si on l'utilise pour des recherches, on peut décocher la case permettant à l’IA de s’entraîner avec nos données, bien sûr mais est-ce fiable ?
Personnellement, je regarde l’exemple de mes traductions que j’ai souhaité réaliser moi-même. Quand tu as un doute, tu envoies ta phrase à la machine et là que fait-elle ? Elle peut traduire ou corriger mais surtout elle peut s’approprier ta phrase, ta manière d’écrire, l’enregistrer et ensuite lorsque les algorithmes des détecteurs se lancent et recherchent dans les mémoires des IA, ils peuvent considérer ton propre texte comme une création IA. Même si tu revois phrase par phrase la traduction, c’est plié pour la machine.
Pour le roman que j’ai traduit, je n’ai rien à craindre ni à cacher car il s’agit d’une réécriture de mon roman paru en 2014 avant l’IA et écris bien avant. J’ai récupéré mes droits d’auteurs et suis libre d’engagement auprès de mon ancien éditeur mais je sais que je peux être amené à le prouver (contrat d’édition à l’appui, brouillons…) afin de ne pas être attaquée pour plagiat (de mon propre roman) voire d’écriture sous IA, (car le logiciel vérificateur ou l’algorithme aura repéré des passages de mon ancien roman puisqu’il était vendu aussi via internet).

Mais soyons sérieux, ce dit détecteur « Pangram » a considéré que la Bible était en majorité écrite par IA. Cela est l’exemple le plus probant de son inefficacité et de ses limites!
Pourquoi ? Les algorithmes auront récupéré des fragments copier/ coller de l’œuvre sur laquelle des personnes demandaient des traductions ou explications ou faisaient simplement une recherche et l’IA aura intégré ces passages et se les aura appropriés.

Les auteurs devront-ils revenir à l’écriture manuscrite ? Belle avancée que cette technologie.

En fait, la technologie comme tout progrès est à la fois une avancée pour l’accès à l’information, la rapidité d’exécution des tâches et ça peut être bluffant niveau réalisation.
Mais d’un autre côté, c’est totalement flippant ! La preuve en est que beaucoup de personnes véhiculent un avis en ayant simplement vu passer sur internet une information, une image choc, une vidéo sans vérifier les sources ! Sans chercher ce qui se cache derrière. Et on sait que malheureusement ce qui sa cache derrière est souvent politisé ou instrumenté.
Et le buzz commence ! On commence à politiser l’affaire, à crier au « racisme ». En est-ce ? Je n’ai pas la réponse. Je considère uniquement l’homme, l’auteur et ce que cette polémique implique pour lui et pour nous tous, auteurs comme tout individu.
Il s’agit là de la sécurité des données, de leurs vérifications par des machines, d’une dénonciation (que se cache t’il derrière cette dénonciation, peut-on laisser n’importe quel quidam lancer ce logiciel, vérifier tel ou tel œuvre, ne devrait-on pas légiférer, créer un organisme agréé pour cela ? )
Allons nous donner la toute puissance à des machines ? Si oui, alors effectivement l’IA commence sa destruction de notre monde. Les réseaux ont déjà réussi à créer des scissions, de la violence, un manque de vérification de l’information.
Tous les artistes sont en danger. Qu’ils soient graphistes, dessinateurs, auteurs, musiciens, réalisateurs, metteur-en-scène…

Je lirai le livre de Thélyson Orélien pour me faire mon avis.
Ce monde s’arrange avec la vérité, choisi sa vérité, choisi de la propager. Ça ne vous rappelle rien ?
Bref j’ai l’impression d’être dans un film de science-fiction. Comme dans une matrice dans laquelle tout me paraît improbable et fou.

#AI #IA #auteurs #polemique